Bilan de l’an 1 de l’ère IBK 5


I.  Introduction 

En effet, nous allons prendre l’entreprise comme une métaphore pour faire un commentaire sur cette première année de la présidence IBK. Dans une entreprise après chaque exercice (année civile) il y a lieu de dresser un bilan. Le bilan est un document qui nous fait ressortir l’actif et le passif d’une entreprise et,  pour cette première année à travers ce bilan de  « l’an 1 de la présidence IBK« , nous allons faire le bilan des 12 mois du président Ibrahim Boubacar Keita à la tête de l’Etat du Mali.

Tout d’abord, nous sommes conscients que l’héritage politique était particulièrement lourd à cause de la crise sociopolitique que le Mali a traversé, malgré cela nous estimons que le bilan de cette première année de l’ère IBK n’est pas la hauteur du souhait du peuple. D’après le Pr Issa N’diaye : « En observant le comportement actuel du Président du Mali, on constate que l’enthousiasme populaire de départ a cédé la place au plus grand désarroi. Et s’il existait un baromètre fiable de l’opinion publique nationale, nul doute qu’il battrait le record d’impopularité de l’actuel président français ». Et pourtant, il y a lieu de souligner qu’il a été plébiscité  par une écrasante majorité (77% du corps électoral).

 

Blogueur Issa Balla Moussa Sangare, credit photo: Issa

Blogueur Issa Balla Moussa Sangare, credit photo: Issa

IIQu’est ce qui n’a pas marché pendant cette première année selon vous ?

Il y a un nombre incalculable de choses qui n’ont pas marché pour cette première année. Pour cela, nous nous efforcerons de souligner les faits  les plus notoires.

1. La déclaration publique des biens : ‘Dura Lex sed lex’

Nous estimons que de l’article 37 de la constitution de la République du Mali de février 1992 a été violé deux fois : dans le temps et dans la forme.  Dans le temps : un communiqué de la présidence nous avait fait savoir que le président de la cour suprême avait reçu la déclaration des biens du président IBK le 9 septembre 2013. L’article 37 stipule qu’après la cérémonie d’investiture et dans un délai de 48 heures, le président de la cour suprême reçoit publiquement la déclaration publique des biens du président de la république. Le 4 septembre 2013 fut la date d’investiture, 48 heures après devrait être le 6 septembre et non le 9 septembre 2013. Dans la forme : c’est le même article 37 de la constitution de la République du Mali qui précise que le président de la cour suprême reçoit publiquement et non en catimini la déclaration publique des biens du président de la république. Un leader est supposé donner de bons exemples, d’inspirer sa population et ses élites pour suivre son sillage de bon leadership et de la bonne gouvernance.

 2. La lenteur accusée sur le règlement de la crise septentrionale avec les rebelles

Malgré les imperfections de l’accord de Ouagadougou, nous estimons qu’il était à notre faveur. A notre faveur en ce sens que l’accord stipule à son l’article 10, 11 et 12 : le cantonnement des groupes armés, le déploiement des forces de défense et de sécurité maliennes et de l’administration générale dans la région de Kidal, le déploiement d’éléments de la gendarmerie et de la police nationale à Kidal, favoriser le retour volontaire des personnes déplacées et des réfugiés etc. Urbi et orbi, le président Ibrahim Boubacar Keita et son gouvernement aurait dû faire de l’accord préliminaire de Ouagadougou leur cheval de guerre.

3. La libération et la levée des mandats d’arrêts nationaux et internationaux sur les  rebelles et chefs rebelles.

Nous jugeons que l’Etat du Mali a jeté du lest pour en recevoir rien contrepartie dans la résolution de la crise du Nord,  notamment: la libération des combattants du MNLA,  la levée des mandats d’arrêts,  le cantonnement de l’armée Malienne à Kidal, le non respect de l’accord de Ouagadougou et du cessez-le-feu par les groupes rebelles. Pour mémoire, ces gens ont violé nos mères et nos sœurs, tué les paisibles citoyens, coupé les pieds et les mains des innocents, sommairement assassiné nos militaires. Ils se sont associés avec le diable pour  créer ce que nous appelons l’apocalypse dans le septentrion Malien. Et au non de quelle réconciliation nationale ces individus mal intentionnés qui ont les mains souillées du sang malien méritent la libération. Il ne saurait y avoir aucune réconciliation nationale sans justice.

4. La diplomatie Malienne n’a pas été à la Hauteur

Nous estimons également que notre diplomatie n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Depuis juin 2012,  la résolution 2056 du conseil de sécurité des Nations Unies réaffirmait son rejet catégorique des déclarations du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) relatives à une prétendue « indépendance » du nord du Mali et réaffirmant en outre qu’il considère de telles annonces comme étant nulles et non avenues.  Ne serait ce qu’avec cette résolution, la diplomatie malienne aurait dû gagner la guerre médiatique contre les rebelles du MNLA d’une part et d’autre part surmonter le lobbying de ces rebelles dans les chancelleries occidentales.

5. L’achat du nouvel avion présidentiel

Que ça soit en amont ou en aval, nous n’avons pas fait d’économie pour dénoncer par des écrits la non nécessité de l’achat de cet avion. Un pays qui sort d’une crise sans précédent dont les caisses de l’Etat étaient vides, qui est toujours en guerre contre les jihadistes et les narcotrafiquants, qui est sous perfusion internationale, peut se permettre d’acquérir un avion pour un cout de revient de 20 milliards F Cfa. Nous estimons et réitérons que c’était inopportun l’achat de cet avion. Les corollaires cinglants de l’acquisition de cet avion et d’autres dépenses publiques ont causé à l’Etat Malien la suspension des aides budgétaires de la part de certains partenaires financiers tels que : le FMI (Fonds Monétaire International), la Banque Mondiale et l’Union Européenne. Nul n’est censé ignorer, que ça soit sur le plan social, politique et économique les conséquences insidieuses  à court et à long terme de la suspension de ces décaissements.

6. L’accord de coopération de défense entre la France et le Mali

Nous jugeons que la signature de cet accord de coopération de défense n’est mauvaise en soi. Ici et ailleurs, nous avons demandé en amont que le draft de cet accord  fasse l’objet d’un débat public au sein de l’Assemblée Nationale avant toute signature éventuelle des deux parties. A notre grande tristesse, nous avons appris que le gouvernement du Mali et celle de la France ont signé, le 16 juillet 2014 un accord de coopération de défense. A la date d’aujourd’hui, nous n’avions pas encore pris connaissance du contenu de la version officielle de cet de accord de coopération, la version se trouvant en ligne n’étant pas paraphée. Il est impératif aussi de signaler que la version de l’accord de coopération de Franco-malien qui est en ligne et qui, est supposée être la version officielle avait été publiée par la presse locale une semaine en avance avant la date de la signature (le16 juillet 2014).

 III. Que faut-il faire pour que le Mali avance ?

1. La diminution des dépenses publiques

Que nos élites renoncent aux avantages et dépenses somptuaires dans la capitale et les grandes villes, qu’elles subordonnent les intérêts personnels au profit de l’intérêt général et qu’elles servent l’Etat en lieu et place de se servir de l’Etat. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais ce n’est pas impossible à réaliser également. Une diminution des dépenses publiques apparaît nécessaire et même indispensable pour un pays comme le Mali.

2. La révision à la baisse des salaires et avantages des députés

Le Mali étant classé parmi les Pays les Pauvres et Très Endettes (PPTE), il est inconcevable que le président de l’Assemblée Nationale et les parlementaires du Mali gagnent respectivement 25 millions et 2 millions F Cfa par mois. Ici et maintenant, nous demandons sans délai la révision à la baisse des salaires et avantages de nos parlementaire.

3. La lutte contre la corruption, l’incivisme et le népotisme

Dans une de ses adresses à la nation, le Président Ibrahim Boubacar Keita avait laissé entendre : « ….Qu’il place l’année 2014 sous le signe de la lutte contre la corruption et que, nul ne saurait s’enrichir illicitement sur le dos de l’Etat… ». Malencontreusement, ce fut l’arroseur arrosé, nous avons été témoins de la suspension des aides budgétaires de certains partenaires financiers due à de prétendues : mauvaise gestion et malversation du denier public. Ici et là, nous lançons un cri de cœur au président Ibrahim Boubacar Keita et son gouvernement de faire de la lutte contre la corruption et le népotisme des piliers de leur engagement pour la bonne gestion du dernier public et de la bonne gouvernance.

4. Reconstruire une armée républicaine  

Nous demandons au président de la République, de doter nos FAMA (Forces des Armées du Mali) de toutes les ressources nécessaires pour qu’elles soient sur le long terme une armée digne de ce nom, une armée prête à défendre dans sa mission régalienne la population malienne et l’intégrité du territoire malien. Nous suggérons également le recrutement des milices volontaires au sein de l’armée du Mali, et singulièrement celle du Ghanda Iso.

5.   La réforme de l’école Malienne : ‘Nos descendants ont des droits sur nous.’

Jadis, l’école malienne était réputée être celle de l’excellence, aujourd’hui nous sommes dans le regret  de constater qu’elle forme tout sauf des intellectuels et des cadres digne de ce nom. La majorité de la jeunesse est inculte, il y a une sécheresse de ressource humaine dans tous les secteurs, une reforme draconienne du système éducatif apparait nécessaire car l’avenir d’un pays repose sur sa jeunesse. Pour cela, nous suggérons des reformes à tous les niveaux du primaire jusqu’au supérieur et, singulièrement celle de l’enseignement privé.

6. La société civile et la classe politique  

A l’heure là, tous les feux de signalisation clignotent, et très bientôt ils seront en rouges. Avant que cela  n’arrive, quiconque pense avoir quelque chose à dire doit vider son sac ; quiconque pense avoir quelque à faire doit l’initier sans délai. Le Mali à l’instant présent à besoin de tous les fils de l’intérieur comme de la diaspora, de l’ensemble de l’intelligentsia Malien, les maliens de tout bord de Kayes à Kidal pour la reconstruction d’un  nouveau Mali. Ce que le Mali traverse aujourd’hui n’est pas une exception car toutes grandes les nations de cette terre enregistrent des pages noires dans leur histoire.

 IV. Conclusion :

Faire des erreurs n’est pas grave mais ne pas apprendre de ses erreurs est inadmissible. Nous osons croire que le Président la République et son Gouvernement sauront se ressaisir et apprendre de leurs erreurs, d’écouter la population, d’accepter les critiques  afin de changer le cap, de mettre la nation Malienne sur les rails de l’excellence, de redonner de l’espoir à cette jeunesse meurtrie et égarée et afin pour une sortie de crise honorable.

Washington DC, le 03-09-2014

Issa Balla Moussa Sangaré

Blogueur, activiste, panafricaniste

 

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Issa Balla Moussa Sangare
Un Africain, de nationalité malienne et installé aux USA depuis 2009, précisément à Washington DC. Je suis Blogueur, Webactiviste & Panafricaniste d'obédience Modibo Keïta, Kwameh N'krumah et Julius Nyerere. Sur ce blog je parlerai de l’Afrique car je suis très attaché à mon continent d’origine et singulièrement de mon pays natal (le Mali). Je m'appesantirai également quelquefois sur mon pays de résidence (USA) et le vieux continent (l’Europe).

Issa Balla Moussa Sangare

A propos de Issa Balla Moussa Sangare

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