Lettre d’un jeune panafricaniste au président du Faso 10


C’est avec un insigne honneur que, j’ai décidé de prendre la plume pour vous adresser cette lettre son excellence, M. Blaise Compaoré, président de la République du Burkina Faso.

Blaise Compaore, President du Burkina Faso, credit:telegraph.co.uk

Blaise Compaore, Président du Burkina Faso, crédit photo :telegraph.co.uk

Son Excellence, à dessein, le choix porté sur ce timing pour vous adresser cette lettre n’est nullement fortuit. À l’orée d’une éventuelle révision constitutionnelle, chose qui, ne laisse indifférent aucun panafricaniste en général, aucun Africain en particulier et singulièrement aucun Burkinabè, alors, en tant que panafricaniste, j’ai décidé à travers ces quelques lignes d’interpeller votre sens élevé d’homme d’Etat.

En marge du sommet Etats-Unis/Afrique, vous avez tenu à répondre au président Barack Obama qui, lors de son discours d’Accra en 2009, avait déclaré que l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. Au micro de Nicolas Champeaux (RFI), votre réponse était la suivante : « Barack Obama nous parle de l’histoire de l’Amérique. Nous, nous avons notre histoire du Burkina. L’histoire de chaque pays africain, c’est différent. Il n’y a pas d’institution forte s’il n’y a pas, bien sûr, d’homme fort. L’Amérique a dû traverser des épreuves. Je vois la ségrégation raciale, je vois l’esclavage… Pour la suppression de ces pratiques, il a fallu des hommes forts. Il n’y a pas, aussi, d’institutions fortes s’il n’y a pas une construction dans la durée ».

Je partage une partie de votre réponse (Il n’y a pas d’institution forte s’il n’y a pas, bien sûr, d’homme fort), mais il me semble que votre définition ‘d’homme fort’ diffère de la mienne. Ainsi, je profiterai, également, via cette lettre adressée à votre personne, pour répondre, à grands traits au président Barack Obama.

Je dis au président Obama que les institutions ont en amont, besoin d’hommes forts pour jalonner et niveler les soubassements de celui-ci et, en aval, pour arriver avec le temps à des institutions fortes. Le président Obama oublie que l’Amérique a connu des hommes forts pour jalonner les rouages de leurs institutions fortes. Des hommes forts, je parle sous la protection Abraham Lincoln, le seizième président des États-Unis, pour n’en citer qu’un. Il est le père de l’abolition de l’esclavage, décision qui lui a coûté la vie. C’est grâce à cet acte posé par ce grand homme, homme fort et homme d’Etat, qu’un Afro-Américain du nom Barack Obama a eu la chance d’aller à l’école comme tous les autres enfants du pays de l’oncle Sam sans distinction de couleur. C’est grâce à la bravoure, la vaillance, la fermeté et le courage de ce leader, il y a deux siècles de cela, qu’un Barack Obama, a  pu être, respectivement sénateur et le 44e président des Etats-Unis d’Amérique. Je dis au président Obama que, l’Afrique a, aussi, besoin d’hommes forts pour donner le tempo et poser les premières pierres de ses institutions fortes dignes de ce nom.

Son excellence, à l’horizon, une révision de l’article 37 de la Constitution du Faso fait bon trait. Pour mémoire, c’est cet article qui limite le mandat présidentiel à deux.

Rappelez-vous d’un certain  capitaine Jerry Rawlings qui, après ses deux coups d’Etat, critiqués à tort ou raison,  a su laisser le pouvoir pour faire place à l’alternance politique.  Son leadership a su booster son pays sur les rails de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l’alternance politique. Le Ghana est une référence en matière de démocratie dans la sous-région ouest-africaine. Et pourtant,  le capitaine Rawlings ne s’est pas éternisé au pouvoir pour que son pays ait des institutions fortes, en corollaire, il a seulement tracé la voie à suivre. C’est ce genre de leader que je considère comme un exemple d’homme fort qui sait dire non au pouvoir avec tous ses avantages. Regardez comment, ce pays anglophone parvient à se tenir debout tout seul, tout en rayonnant politiquement et économiquement,  au bon milieu des pays francophones. Qu’il me soit, également, permis de rappeler que,le capitaine Rawlings avait les moyens nécessaires  pour se maintenir au pouvoir par le biais de révisions constitutionnelles. Cependant, il a choisi d’être grand, pour partir grand, tout en restant grand dans la mémoire de ces peuples africains victimes de ses autres leaders, de surcroît très faibles.

Rouvrons les pages récentes de l’histoire de la démocratie africaine. Ici et ailleurs,  nul ne saura parler d’un leader politique africain, démocrate et fort, sans mentionner le nom, l’icône internationale Nelson Mandela alias Madiba. Il a renoncé à briguer un second mandat. Il a voulu être le vecteur du changement de mentalité, en tant que leader charismatique, il a jalonné la voie de l’alternance politique pour que, ses successeurs puissent suivre le même sillage. Je suis, également,  dans l’obligation de souligner que, Madiba, malgré sa santé fragile et sous le poids de l’âge, avait les moyens nécessaires de se maintenir au pouvoir. Cependant, il a accepté d’être fort en ne pensant pas qu’il était indispensable. Sous d’autres cieux, c’est tout le contraire, nous sommes témoins, des présidents maladifs, avec l’âgé avancé en train de tout faire pour se maintenir au pouvoir, comme si, le fait de rester ou de mourir au pouvoir est une fin en soi.

Son Excellence, du haut de vos 27 ans comme chef d’Etat du Faso, vous devez être fort en admettant qu’il, est temps que vous arrêtiez de penser que, vous êtes le seul ou le plus intelligent au Burkina Faso. Soyez fort en acceptant que l’heure de la retraite, voulue ou forcée, est sur le point de sonner. Elle ne doit ni être négociée, ni obligatoire, car vous la méritez TOUT SIMPLEMENT.

Un proverbe bambara nous dit que : «  La pintade observe la nuque de sa devancière », en modifiant l’article 37 de la Constitution pour briguer un troisième mandat, quel héritage politique et idéologique allez-vous laisser à vos successeurs ?  A la jeunesse burkinabè ? africaine ?

Martin Luther King nous disait que « La mesure ultime d’un homme n’est pas où il se trouve dans les moments de confort, mais où il se trouve en période de défi et de la controverse », renoncer à la modification de la Constitution vous permettra de faire preuve d’une autre grandeur de votre personnalité, une spécificité de cet homme fort qui réside en vous.

Un sage proverbe mossi nous dit que : « Mieux vaut un caleçon aujourd’hui qu’un pantalon demain », M. Blaise Compaore, président de la République du Burkina Faso, par la présente, je viens, humblement, au nom de la jeunesse africaine, solliciter la grandeur de l’homme d’Etat fort qui réside en vous, afin de renoncer à ce projet de loi « portant révision de la Constitution ». Son excellence, il faut tout faire pour ne pas rater ce dernier rendez-vous avec l’histoire, car, il est, vraiment, temps de tirer votre révérence politique.

 

« Nos descendants ont droit sur nous »

Washington DC, le 23-10-2014

Issa Balla Moussa Sangaré

Panafricaniste

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Issa Balla Moussa Sangare
Un Africain, de nationalité malienne et installé aux USA depuis 2009, précisément à Washington DC. Je suis Blogueur, Webactiviste & Panafricaniste d'obédience Modibo Keïta, Kwameh N'krumah et Julius Nyerere. Sur ce blog je parlerai de l’Afrique car je suis très attaché à mon continent d’origine et singulièrement de mon pays natal (le Mali). Je m'appesantirai également quelquefois sur mon pays de résidence (USA) et le vieux continent (l’Europe).

Issa Balla Moussa Sangare

A propos de Issa Balla Moussa Sangare

Un Africain, de nationalité malienne et installé aux USA depuis 2009, précisément à Washington DC. Je suis Blogueur, Webactiviste & Panafricaniste d'obédience Modibo Keïta, Kwameh N'krumah et Julius Nyerere. Sur ce blog je parlerai de l’Afrique car je suis très attaché à mon continent d’origine et singulièrement de mon pays natal (le Mali). Je m'appesantirai également quelquefois sur mon pays de résidence (USA) et le vieux continent (l’Europe).

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