L’an III du régime d’IBK : de mal en pire 2


 

Comme à l’accoutumé, chaque année nous avons toujours esquissé quelques lignes sur l’exercice annuel du régime d’IBK et ce présent billet s’inscrit dans la même logique.

Crédit photo: inconnu

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L’amateurisme continue au sommet de l’état  « La suspension du Mali à l’ONU »

Après vingt-quatre heures de silence du gouvernement Malien, le Premier Ministre Modibo Keïta via l’ORTM nous déclare : « Je présente les excuses du gouvernement à ce peuple si fier. L’erreur est injustifiable. On l’assume. Je prends l’engagement que tout sera réglé dans les plus brefs délais.» Le plus grave dans cette histoire de suspension est l’argumentaire du PM Modibo Keita qui avait pour objectif de nous faire dormir debout. En effet, Il affirma, je cite : « le 3 juin 2015, à la demande du ministère des affaires étrangères, un ordre de transfert de 200 millions de FCFA (305 000 euros) en faveur des Nations unies a été donné au Trésor public. Mais, le numéro de compte communiqué n’était pas le bon. L’argent est donc retourné au Trésor. Les fonctionnaires qui ont reçu ce retour n’ont pas pris les dispositions qui s’imposaient pour corriger l’erreur. Notre diplomatie a failli.» A rappeler que cette suspension est une première dans l’histoire du Mali depuis son adhésion dans la Société des Nations. Par ailleurs, les allégations du PM Modibo Keita n’étaient point fondées. Au lendemain de sa déclaration, le secrétaire général du syndicat du Trésor National, Aguissa Zouladéini Maïga, dira sur Malijet : « qu’après renvoi des ordres de transfert par la BCEAO le 05 Juin 2015, le 08 Juin, le Trésor a saisi par lettre officielle l’ordonnateur, la Direction du budget, pour qu’elle transmette les numéros de compte corrects. Cela n’a pas été fait. Le 27 août 2015, le Trésor a adressé une nouvelle correspondance à l’ordonnateur pour alerter encore.» Vous êtes témoins de ce rejet de responsabilité entre les hauts cadres de notre nation, avons-nous des cadres suffisamment pointus pour bien faire fonctionner notre administration ? Ce fait lamentable est-il la preuve patente de l’amateurisme du gouvernement d’IBK ? Ces cadres ont-ils une conscience élevée de leur tâche ? Sont-ils aminés d’une bonne foi dans l’exercice de leur fonction ?

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La mue de l’accord de la paix en accord de la guerre

De la signature finale de l’accord de la paix entre le pouvoir central de Bamako, les groupes armés et le rebelles, soit le 20 juin 2015 à nos jours, on comptabilise plus de morts en comparaison avec l’intervalle : l’élection du président IBK (4 septembre 2013) et la signature de l’accord d’Alger (20 juin 2016). Tiébilé Dramé le président du PARENA, dans sa réponse à la lettre ouverte de Issa Balla Moussa Sangaré, nous informe : « qu’entre le 1er janvier et le 31 mai 2016 au moins 250 personnes ont été tuées lors de divers incidents: attaques, explosions de mines, assassinats ciblés, violences intercommunautaires….. Parmi les victimes, des Maliens, civils comme militaires et des étrangers, civils comme militaires. » A ce total de 250 morts à la date du 31 mai, si nous jetons un regard sur le trimestre suivant (juin, juillet, août 2016), nous pouvons déduire que le nombre de personnes tuées avoisine le chiffre fatidique de 300 ou plus. Nous nous rappelons du nombre de morts des soldats maliens après l’attaque contre le camp de Nampala (17 morts), les trois (3) décédés de Gao après l’insurrection de la jeunesse de Gao contre l’instauration des autorités intérimaires, ceux de Tenenkou, selon Maliweb le bilan était de trois (3) morts après l’attaque contre cette ville, à tout ceci s’ajoute les pertes de vie humaines ici et là suite aux affrontements récurrents entre le GATIA (groupe armé pro-gouvernemental) et la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad) pendant le trimestre susvisé. En plus, dans la même tranche de période il y a eu plusieurs violences intercommunautaires qui ont également occasionné des pertes de vies humaines. L’insécurité grandissante dans le nord n’en parlons pas, arrêtons-nous seulement sur le cas du Sud et du centre du Mali, où nous sommes témoins de l’assassinat à bout portant des paisibles citoyens…  cette liste est loin d’être exhaustive car il y a aussi les disparus, les otages, les déplacés etc. Ce sombre bilan post-accord de la paix ou accord d’Alger nous pousse à nous poser la question si sa signature ne s’est-elle pas muée en accord de la guerre.

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Les voyages interminables : 99 voyages hors du Mali soit 3 voyages en moyenne par mois

De son élection à la magistrature suprême à l’heure où j’écris ces quelques lignes, le président IBK a effectué 99 voyages hors du Mali. En divisant ce chiffre record de 99 par 3, nous nous retrouvons avec 33 voyages par l’an. Continuons avec le calcul mental afin de connaitre la médiane du nombre de voyages que notre président fait par mois : 33 divisé par 12 nous 2,75 donc en arrondissant nous avons 3 voyages en moyenne par mois, mais comment peut-on régenter un pays de la sorte ? De surcroît un pays qui traverse une crise multidimensionnelle. Nous ne cesserons jamais de le dire, on édifie un pays par 3 T (travail, travail, travail) et non par 3 V (voyages, voitures, villas). Racine Thiam, le Directeur de la communication de la Présidence, nous a une fois laissé entendre lors de la rencontre avec Koulouba initié par lui-même, que le président IBK fut ces derniers temps le président le plus sollicité. Après ses allégations, je me suis amusé à revoir la liste des voyages de notre président. La plupart sont des déplacements qui ont peu d’intérêt pour le Mali d’aujourd’hui et sa sortie de crise. Citons quelques-uns de la troisième année de son pouvoir : novembre 2015 Malte (sommet sur la migration), 13 décembre 2015 Guinée (investiture Alpha Condé), le même mois 22 décembre (Mauritanie enterrement du fils Président), le 28 décembre 2015 (Investiture du Président Roch Kabore). Comme nous l’avons si bien mentionné ci-haut (3 voyages en moyenne par mois), vous pouvez le constat pendant le seul mois de décembre 2015 il a effectué 3 voyages hors du Mali. Continuons, 8 février 2016 Togo (11e anniversaire de la mort d’Eyadema) en son temps j’ai dit à un frère Togolais notre président est chez vous pour la commémoration du décès du président Eyadema, il me répondra en disant « mais ça c’est un non évènement chez nous». Le 1er avril 2016 Niger (investiture de Mamadou Issoufou), 11 mai 2016 Ouganda (investiture de Yoweri Museveni), 19 mai 2016 Guinée Equatoriale (investiture présidentielle), bon je m’arrête là la liste encore longue. C’est sur cette base qu’on nous avance que notre Chef de l’Etat fut le sollicité.

Halte ! La liberté d’expression est-elle en danger ?

Le 17 août 2016 suite à la pression de la jeunesse dans les rues de Bamako pour la libération l’activiste et animateur de radio Mohamed Youssouf Bathily alias Ras Bath, nos gouvernants d’aujourd’hui, pour montrer leur muscle, n’ont rien trouvé comme moyen de dissuasion si ce n’est pas le blocage des réseaux sociaux (Facebook et Twitter…) à travers tout le Mali et cela pendant plus de 48 heures. La liberté d’expression ou la liberté tout court est-elle déjà en danger sous le régime IBK ? Nous avons également mémoire de la disparition mystérieuse d’un journaliste d’investigation, du nom de Birama Touré depuis le 29 janvier 2016. Cette disparition est-elle en lien avec son métier ? Aucune hypothèse n’est à écarter, une enquête a été ouverte depuis mais nous sommes toujours sans nouvelle Birama Toure celui-là même qui s’apprêtait à faire son mariage civil.

A lire aussi: Que le président IBK fasse sa propre autocritique !

Le nouveau code électoral : attention à ne pas brader notre démocratie si chèrement acquise

Un jour en discussion avec un aîné, ce dernier me dira qu’il n’est pas fan de notre ancien Président Alpha Oumar Konaré, mais le fait qu’il a pesé de son poids pour que IBK ne soit pas son successeur en 2002 à la présidence de Koulouba est vraiment à saluer. Il déduira que si IBK était devenu le président d’alors il était fort probable que la constitution de la république allait être révisée pour qu’il puisse se maintenir au pouvoir à jamais. En prenant connaissance du nouveau projet de code électoral, je n’ai pas pu m’empêcher de me rappeler des propos de cet aîné. En effet, un des articles du code électoral stipule que « chaque candidat à la présidentielle doit recueillir la signature légalisée d’au moins quinze députés et de cinq conseillers nationaux ». Si en 2012 le président ATT avait initié le même projet, IBK n’allait, probablement, pas pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. RFI dans sa livraison « Mali : polémique autour du projet de loi du code électoral » du 2 septembre 2016 nous apprenne que : « seulement trois partis politiques maliens disposent chacun de plus de quinze députés à l’Assemblée nationale. En clair, si l’actuel texte est voté, il risque de n’y avoir que trois candidats à la future élection présidentielle.» Ainsi, les hommes d’états comme les  Premiers Ministres : Dr Soumana Sako, Modibo Sidibé ou encore Moussa Mara, l’opposant éternel Dr Oumar Mariko et Tiébilé Drame, j’en passe, se verront dans l’obligation de ne pas se présenter pour les prochaines échéances électorales en 2018. Ils sont des hommes d’état, des politiciens avérés, mieux ce code électoral sous-entend que le Mali et la fonction de présidence appartiennent, dorénavant, aux hommes politiques seulement, car pouvoir avoir 15 députés et 5 conseillers nationaux il faut au moins être un politicien, avec une base solide, un parti politique etc.  Non, nous sommes contre cette loi, nous récusons cet article du nouveau code électoral car la nation Malienne nous appartienne à nous tous, civiles, politiciens, hommes de caste… Cette révision de la loi électorale est sélective, restrictive et exclusive, elle exclu la grande majorité de la population malienne à briguer la magistrature suprême. Mieux, elle est anticonstitutionnelle car l’article 2 de la constitution de février 1992 nous stipule : « tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique est prohibée.» Ainsi, si ce nouveau code électoral est voté par l’Assemblée Nationale, le montant de la caution qui était juste-là 10 millions, sera 35 millions de Franc Cfa soit une augmentation de 350%.

 

Les dépenses inutiles et ostentatoires 

Le Prétoire, dans sa publication du 15 octobre 2015 sur Maliweb, nous informe que le budget de la présidence est passé de  9 milliards 300 millions à 14 milliards 600 millions de Franc CFA, soit une augmentation de 57% Pourquoi faire dans un pays qui est guerre ? La même publication a fait un le parallèle entre le budget de Koulouba et celle du budget 2015 des 10 principaux hôpitaux du Mali (Point G, Gabriel Touré, Hôpital du Mali, Kati, hôpitaux régionaux de Kayes, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou et Gao). Le constat est cinglant, il s’avère que le premier budget cité est supérieur au second, pour les hôpitaux le montant s’élève à 14 milliards 400 millions. Mieux, elle fera une comparaison plus saignante : le budget de la sécurité alimentaire de tout le pays en 2015 est de 500 millions de FCFA contre 300 millions pour l’alimentation de Koulouba qui était de 61 millions en 2013. Comme si tout cela ne suffisait point, notre président adore le luxe, ainsi le 14 Février 2016 Air IBK était à l’aéroport de Bâle en Suisse pour une rénovation de l’intérieur de la cabine et une retouche du décor extérieur, la République du Mali qui était écrit en gros caractère a visiblement été changée par des caractères plus petits. Tout ça pour quoi faire ? Alors que les gens ne parviennent pas manger trois fois par jour.

Conclusion :

Dans notre conclusion du bilan de l’an I du président IBK, nous avions dit : « faire des erreurs n’est pas grave mais ne pas apprendre de ses erreurs est inadmissible. Nous osons croire que le Président la République et son Gouvernement sauront se ressaisir et apprendre de leurs erreurs, d’écouter la population, d’accepter les critiques  afin de changer le cap, de mettre la nation Malienne sur les rails de l’excellence, de redonner de l’espoir à cette jeunesse meurtrie et égarée et afin pour une sortie de crise honorable. » La mort dans l’âme, nos gouvernants aujourd’hui n’ont rien appris des erreurs du passé, à savoir même s’ils veulent bien apprendre de leurs erreurs. Après trois (3) ans de mandat nous sommes toujours à ce niveau, nous pensons qu’il ne faut plus rien attendre de ce régime qui a montré ses limites et qui est déjà dans la dynamique pour la préparation de la réélection du président IBK, les deux (2) années, à venir, seront pour eux la période précampagne électorale et tous les autres dossiers dans les oubliettes.

Washington DC, le 04-09-2016

Issa Balla Moussa Sangaré

Maliden Kura

 

 

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Issa Balla Moussa Sangare
Un Africain, de nationalité malienne et installé aux USA depuis 2009, précisément à Washington DC. Je suis Blogueur, Webactiviste & Panafricaniste d'obédience Modibo Keïta, Kwameh N'krumah et Julius Nyerere. Sur ce blog je parlerai de l’Afrique car je suis très attaché à mon continent d’origine et singulièrement de mon pays natal (le Mali). Je m'appesantirai également quelquefois sur mon pays de résidence (USA) et le vieux continent (l’Europe).

Issa Balla Moussa Sangare

A propos de Issa Balla Moussa Sangare

Un Africain, de nationalité malienne et installé aux USA depuis 2009, précisément à Washington DC. Je suis Blogueur, Webactiviste & Panafricaniste d'obédience Modibo Keïta, Kwameh N'krumah et Julius Nyerere. Sur ce blog je parlerai de l’Afrique car je suis très attaché à mon continent d’origine et singulièrement de mon pays natal (le Mali). Je m'appesantirai également quelquefois sur mon pays de résidence (USA) et le vieux continent (l’Europe).


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2 commentaires sur “L’an III du régime d’IBK : de mal en pire

  • MDiallo

    Merci Issa pour cet article.

    Je crois qu’il est tres facile de predire comment se passera le reste du mendat IBK comme il etait facile de predire que sa presidence sera une malediction garantie pour le Mali.

    Jusqu’a ce jour, j’ai du mal a comprendre au nom de quoi des Maliens ont pu voter pour IBK sachant tres bien son parcours desastreux au sein du gouvernement AOK et cela pendant plusieurs annees successives.
    On nous chantais continuelement que ce monsieur qui fut incroyablement arroguant dans son passe pas lointain, qui nous a jamais montre un seul trait d’integrite durant toute sa vie politique et manque de tous les traits constates chez tous les bons dirigeants qui ont vecu dans ce monde, que ce homme qui ne jure que par son propre interet personnel au detriment de ses responsabilites de leadeur, que cet homme qui n’inspire que humiliation quant a son comportement de complexe et d’auto degradation face au neocolonialiste sera d’une facon mysterieuse l’homme capable de stabiliser le Mali et y apporter une « bonne gouvernance », chose dont il ignore tout et n’en a jamais fait son souci pendant tout le temps qu’il tenait les reines du pays sous AOK.

    L’election de IBK fut une bavure enorme pour le future du Mali, je n’ai personelement jamais vu l’avenire aussi sombre pour ce pays que le jour IBK fut elu president de la republique, on a essaye d’avertire les Maliens afin de prevenire ce desastre, mais certains nous traitaient de jaloux et de je ne sais quoi encore, la suite des evenements nous a malheuresemnt donne raison.
    Si les Maliens pensent que le pays va mal, c’est parcequ’ils ne savent pas encore tous les details de ce que ce monsieur et son entourage sont entrain de foutre comme merde au detriment des interets de la nation malienne, mais le train maudit de IBK vient juste de demarrer avec son parcours de miseres, d’insecurite grimpente, de malversations financieres, de lois anti-democratiques couplees de mensonges, et ce train n’est pas du tout presse d’arriver a destination.

    Une chose est certaine, c’est que les Maliens qui ont fait semblant d’ignorer le palmares de IBK et ont choisi de voter pour lui ne peuvent se plaindre, ils ont ete tres bien servi a mon avis, ils doivent maintenant assumer les consequences de leur choix et faire en sorte que l’histoire ne se repete jamais a leur niveau. Personelement j’ai de la peine pour mes pauvres compatriotes qui n’ont pas choisi cet homme irresponsable mais se retrouvent maintenant entrain de peiner comme tout le monde.

    Si le Malien tirait des lecons du passe le Mali ne serait pas dans cet etat actuel deplore par tous. Le fait que les gens ont decide de ne pas voter pour Zoumana Sacko qui nous a montre de quoi il est capable et cela en deux differentes occasions, pour aller voter pour un incapable qui ne se soucie que de sa propre jouissance aux frais de l’etat, on ne peut plus douter que le Malien preferes ignorer les faits et mettre la tete dans le sable comme l’autruche est bien connu d’implementer en strategie de gestion de crise, ce qui nous permet de malheuresement deduire que le Mali ne vera pas le bout du tunnel pendant plusieures decenies a venire.

    Dans une democracie c’est le peuple qui choisi son president, le jour ou on comprendra que le president du pays ne doit etre choisi sur aucune base autre que son palmares passe satisfaisant en matiere de bonne gouvernance et de gestion irreprochable et examplaire des deniers publiques, a partire de ce jour le Mali pourra esperer pour un avenire meilleur, mais pas avant.
    Peace!